(cc) François Proulx

Montréal 2015

Après Paris et Amsterdam, Montréal a été l’hôte du VIe congrès international de l’AIICM. L’événement bilingue s’est déroulé les 19, 20 et 21 août 2015 à l’Hôtel Hyatt, au sein du Quartier des Spectacles, avec ses terrasses ensoleillées, sa cuisine du monde et son accès direct au Montréal sous-terrain.

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Partenaire de l’événement

Thème

Le VIe congrès a opté pour un thème d’actualité brûlante aux retombées potentielles importantes: « Médecine personnalisée et enjeux interdisciplinaires ». Dans une première historique, l’événement a eu lieu sous l’égide conjoint des facultés de médecine, de pharmacie et de droit de l’Université de Montréal, illustrant la souplesse institutionnelle du Québec envers l’interdisciplinarité. En plus des partenaires scientifiques et de l’industrie, s’y sont rencontrés les experts de pointe et les penseurs de l’heure, appelés à divers bilans scientifiques d’intérêt général et public. Le Scientifique en chef du Québec, le Dr. Rémi Quirion, a prononcé l’ouverture du Congrès. L’ensemble de l’événement a bénéficié de l’initiative scientifique du Dr. Pavel Hamet, chef de file québécois en matière de génomique prédictive.

La médecine personnalisée soulève des débats qui traversent les disciplines, mais aussi qui les unissent autour d’un même questionnement de base : comment tirer le meilleur des avancées de la génétique dans l’intérêt général d’une science biomédicale mise au service de l’humanité, le tout sans favoriser les rapports de force des uns sur les autres, ni répéter les erreurs philosophiques du passé et, si possible, à travers une véritable concertation des différentes expertises disciplinaires disponibles? Une table ronde finale, co-animée par Michel Rochon (Radio-Canada) et Daniel Weinstock (UMcGill) a dressé le bilan.

 

Axes

Le congrès s’est organisé autour des quatre axes suivants:

  1. Développements récents en médecine et enjeux ;
  2. Développements récents en sciences pharmaceutiques et enjeux ;
  3. Développements récents en droit et enjeux ;
  4. Problématiques transversales, interdisciplinaires et/ou de sciences humaines.

N.B.  Le congrès a bénéficié de l’accréditation de trois ordres professionnels québécois: Collège des médecins, Ordre des pharmaciens, Barreau—pour de plus amples informations à ce sujet, voir le programme.

 

Médecine personnalisée et enjeux biomédicaux

L’innovation scientifique issue de la génétique est depuis plusieurs années déjà promise à révolutionner la science biomédicale. La médecine personnalisée, ou l’idée de soins différenciés parce que mieux adaptés aux particularités individuelles génotypiques, est source de grands espoirs médicaux. On y voit par exemple l’occasion d’une compréhension accrue de l’interaction entre gènes et facteurs externes ou environnementaux, d’une mutation de la médecine vers des approches plus prédictives et préventives, davantage personnalisées et axées sur des approches participatives (« 4P »), etc. Le développement de la pharmacogénomique est aussi le site d’enthousiasmes scientifiques importants. Avec l’observation croissante de sous-groupes de personnes possédant des susceptibilités physiologiques à certaines molécules, l’usage des médicaments est appelé à se raffiner, favorisant ainsi le passage des médicaments à large spectre (bluckbusters) vers le recours à des traitements pharmaceutiques plus ciblés et plus efficaces. On pourrait aussi en attendre une réduction des effets adverses des médicaments, notamment à travers le développement de biomarqueurs ou de pré-tests qui sont autant d’outils destinés à éclairer les décisions d’ordre thérapeutique.

 

Médecine personnalisée et enjeux juridiques, philosophiques et de sciences humaines

Article Droit Inc.

Les disciplines et les acteurs divers se positionnent différemment autour de la médecine personnalisée. L’idée d’égalité en droit des humains, si chère au droit moderne et aux philosophies occidentales de l’heure, s’est historiquement construite contre diverses opérations d’étiquetage et de hiérarchisation des différences biologiques. Le séquençage du génome humain, le développement de nouvelles technologies telles que les puces à « ADN », les tests génétiques et interventions sur le génome humain génèrent donc quantité d’inquiétudes éthiques et juridiques. Divers projets de législation et de protocole sont ainsi imaginés afin de protéger la personne et ses droits contre cet espoir médical qui, sous cet angle disciplinaire différent, se fait aussi «menace ». Dans la foulée des craintes de type humaniste, des anthropologues y voient même la montée d’une idéologie « d’homme-machine et du médecin-mécanicien » (Gilles BIBEAU, « Entre génomythe et géno-destin. Les défis de la nouvelle médecine prédictive », Argument. Politique, société, histoire, vol. 6, no. 2, Printemps-été 2004, p. 2). Simultanément, la dimension  « participative » de la médecine personnalisée s’inscrit harmonieusement dans la vaste mouvance, en sciences humaines, de l’autorité professionnelle de type « contractuel » : de la psychologie au travail social en passant par les sciences de l’éducation, on assiste à l’éloge d’un modèle d’intervention professionnelle nouveau, regardé comme plus efficient et plus efficace parce que « participatif » —ou « collaboratif », « contractuel », «inducteur d’autonomie partagée » ou « d’empowerment », etc.— et donc producteur d’adhésion clinique aux objectifs d’intervention.

 

MÉDECINE PERSONNALISÉE ET INTERDISCIPLINARITÉ

L’interdisciplinarité, tout autant que ses proches parentes que sont la multi et la transdisciplinarité, sont dans l’air du temps. À la base, il s’agit simplement d’unir ce qui est d’ordinaire étudié par disciplines séparées. D’apparence si simple, ce mouvement montant fait couler beaucoup d’encre. Certains n’y voient qu’une ouverture d’esprit vieille comme le monde, assez facile à pratiquer. D’autres y voient plutôt un « nouvel esprit scientifique », récent puisque destiné à faire contre-poids aux surspécialisations disciplinaires du XXe siècle, et difficile parce qu’appelant un doigté particulier. Quoi qu’il en soit, presque tous les auteurs y voient une pratique scientifique d’avenir, mais souvent entravée par la force des habitudes universitaires—d’un côté, la médecine, de l’autre, la pharmacie et, à l’autre bout, le droit et les sciences humaines. Par ce congrès innovant, résolument axé sur une collaboration interfacultaire des plus rares, l’AIICM et l’Université de Montréal, partenaire privilégiée de l’événement, se font avant-gardistes et ouvertes aux enjeux de connaissance nouveaux. L’innovation scientifique qu’est la médecine personnalisée intéresse une multitude de disciplines, d’expertises et de pratiques professionnelles. Des décisions éclairées en la matière appellent des perspectives globales et de véritables états généraux du savoir: là résidait la vertu attendue d’un congrès faisant place aux enjeux interdisciplinaires d’une approche personnalisée des soins de santé et de son impact potentiel sur l’ensemble de la chaîne des médicaments.

 

 

Ce contenu a été mis à jour le 7 août 2016 à 16 h 40 min.